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Pour sortir de la crise… prenez le chemin inverse du gouvernement
6 mois après le déclenchement de la crise, beaucoup de rodonmontades et quelques actions rapides prises au début par Nicolas Sarkozy, le gouvernement est englué. Englué dans le dogme selon lequel la sortie de la crise se fera par la poursuite des « réformes » annoncées, et par un affichage d’investissements dans des infrastructures de transport, payées par les collectivités locales.
Or, l’analyse de la crise permet de voir les orientations nécessaires pour en sortir ; mais cela supposerait que le gouvernement renonce à l’idéologie molle qui l’animait avant la crise, et sur laquelle Nicolas Sarkozy s’est fait élire. il ne faut compter ni sur leur compétence économique, ni sur leur proximité au reste de la population pour que les choses changent.
La crise s’est d’abord traduite en Europe (si l’on n’aborde pas la prè-crise des mois précédants) par la crise des subprimes et la crainte de faillite des banques. Nicolas Sakozy a aussitôt injecté des milliards d’euros dans les banques et promis de le faire à hauteur de 360 milliards d’euros. Mais cela n’a rien réglé, comme les articles précédents l’ont montré, et les constats ultérieurs l’ont confirmé. Le crédit ne peut se remettre en place qu’à trois conditions côté bancaire :
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Obliger les banques françaises à faire la transparence sur leurs comptes
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Pour cela, changer les équipes dirigeantes de toutes les banques françaises en difficulté : le fait que les équipes de direction des banques n’aient pas changé, sauf pour accueillir l’homme de confiance du président (pourtant l’un des initiateurs de Natixis) est un défi non seulement à l’éthique, mais aussi à la raison. Aucune équipe ayant emmené une banque vers le gouffre, même par suivisme d’un mouvement planétaire, n’est en mesure d’établir des comptes honnête. Seule la collusion entre les dirigeants politiques et les dirigeants bancaires, caractéristique d’une élite française entrée en décadence, peut expliquer ce maintien des équipes de directions des banques. Si l’intérêt du pays doit passer avant les copinages, il est temps d’y renoncer.
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Une prise de contrôle partielle ou complète par l’Etat du capital des banques, afin de les obliger à relancer le crédit et mettre en place des nouvelles normes prudentielles pour les investissements financiers. Le gouvernement français n’a pris aucune de ces trois mesures, vitales, à l’heure où même la grande bretagne et les états unis s’y résolvent. Au contraire, il a montré récemment en prêtant 6,5 milliards d’euros aux groupes automobiles français sans obtenir aucune contrepartie réelle (contrairement à ce qui a été proclamé, les autres pays européens ont obtenu sans difficulté du gouvernement français qu’il renonce à toutes ses exigences) que la bonne utilisation des fonds prêtés est le cadet de ses soucis.
Les actions ci-dessus ne sont que la première base d’un retour à la confiance, donc de sortie de la crise. Il faut cependant aller plus loin et pour cela remonter l’arbre des causes. Fondamentalement, la crise bancaire vient de l’explosion du système de crédits aux Etats-Unis et, par effet de dominos, dans le reste du monde. Les analyses ont montré que ces prêts ont crû dans les dernières décennies pour compenser la perte de pouvoir d’achat des ménages de classe moyenne et populaire. Si la France n’est pas tombé dans de telles extrémités (quoique le surendettement et les prêts sur 35 ans se soient multipliés ces dernières années), elle vit bel et bien le même phénomène que les autres pays occidentaux. les salaires y stagnent et les prix flambent.
La mondialisation, en mettant en concurrence les salariés occidentaux avec des salariés chinois et indiens dont la qualification s’accroît, conduit mécaniquement à faire baisser les salaires
et augmenter le chômage. En outre, force est de constater que le développement de grands groupes en situation d’oligopole (grande distribution, télécom, pétrole,
eau, automobile, etc), acquis au dogme de la rémunération de ses actionnaires (et accessoirement de ses dirigeants actionnaires) et au cynisme du marketing moderne, conduit les prix à exploser. La France est même un des pays les moins protégés des excés des oligopoles. Qui peut comprendre qu’un véhicule familial de classe intermédiaire vale aujourd’hui 25 000 €, alors que toutes les technologies présentes n’ont pas arrêté de voir leur prix chuter ? Qui peut comprendre que les SMS soient 5 fois plus chers en France qu’en Allemagne ? Qui peut comprendre que les mêmes produits de grande marque (entretien, alimentaire, …) soient 20% plus cher de ce côté du Rhin ? Seul un lobbyiste cynique le peut. Ce n’est pas notre cas.
Dès lors, nous tenons le coeur de l’évolution politique qui peut permettre la sortie de crise : redonner la priorité au citoyen français, en tant que salarié, consommateur et contribuable, sur l’actionnaire. Sans spolier les actionnaires de leur possession, il importe de revenir sur des choix qui ces dernières années les ont systématiquement favorisés, au détriment du plus grand nombre. Que l’entreprise doive créer de la richesse, comme le rappelle à juste titre le MEDEF, ne signifie pas qu’elle ait vocation unique à produire des actionnaires très riches.
Ce qui peut redonner de l’espoir aux salariés et consommateurs serait le retour à des conditions plus justes pour le consommateur comme pour le salarié français :
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Mise en place d’une réelle politique de concurrence : cela surprendra plus d’un lecteur, car en France on assimile la concurrence à la loi du plus fort. Les règles de la concurrence sont au contraire d’empêcher les ententes entre grands groupes qui nuisent au consommateur. Entre la redistribution géographique des supermarchés (les groupes de distribution étant aujourd’hui chacun en quasi monopole sur de nombreuses régions), établissement de la quatrième licence mobile, la mise en place de normes uniques de définition des offres bancaires de base, et bien d’autres sujets, les actions ne manquent pas. Les corps d’inspection et d’enquête de la DGCCRF devraient être renforcées.
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Augmentation de l’ISF, suppression des niches fiscales et relèvement du bouclier fiscal : alors que Nicolas Sarkozy et ses camarades ont pris plaisir à stigmatiser les abus dont font l’objet les aides sociales (abus réels pour beaucoup, et qu’il convient de réprimer chez ceux qui s’y adonnent, non de suspecter chez tous), la fraude fiscale estimée représente plusieurs fois les montants incriminés. De plus, les dispositifs de niches fiscales, l’utilisation de fiscalistes payés rubis sur l’ongle pour leur compétence à détourner des fonds de leur destination démocratiquement décidée, permettent en général aux plus riches d’échapper aux impôts beaucoup plus sûrement qu’aux classes moyennes. Lorsque l’on sait qu’une bonne partie des nouvelles richesses de ces dernières années sont allées à des spéculateurs et des traders, il devient urgent de taxer lourdement les plus hauts revenus, surtout ceux dont l’activité génère du risque sans créer de richesse. Quel est le risque d’évasion fiscale ? D’une part, le moment est bien choisi pour un accord entre gouvernement contre l’évasion fiscale, et en premier lieu contre les paradis fiscaux. Mais de plus, les chiffres des dernières décennies montrent que non seulement la hausse de taxation des plus riches n’a qu’un effet d’évasion marginal, mais en plus que la mise en place du bouclier fiscal, très coûteuse (plusieurs milliards) a rapporté … 17 millions d’euros de prélèvement supplémentaires. En choisissant judicieusement les niveaux et les priorités de taxation, une telle mesure s’avèrerait hautement profitable.
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Encouragement des structures de l’économie solidaires dès lors qu’elles subordonnent la rémunération de l’actionnaire à la prise en compte honnête des autres parties prenantes : que l’ultima ratio d’une entreprise soit de générer au moins 10% de rentabilité annuelle pour ses actionnaires n’est pas une fatalité. Ce serait même un destin terriblement sclérosant pour l’activité d’une entreprise de devoir offrir des rentabilités telles aussi régulièrement. Cela implique de ponctionner ses clients et de sacrifier l’investissement. Deux tendances très fortes des entreprises françaises (il faut savoir par exemple que la recherche française est sinistrée parce que… les entreprises privées y contribuent moins que dans les autres pays ; la contribution publique est plutôt plus forte qu’ailleurs).
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Elimination des paradis fiscaux : le principe même du paradis fiscal est de soustraire aux gouvernements démocratiques les revenus correspondant à l’activité réalisée dans sa sphère (par des gens formés sur les fonds publics, en s’appuyant sur les infrastructures publiques). Bien entendu, cette évasion fiscale est réservée aux hauts revenus. Car si tout le monde s’y mettait, les états seraient en banqueroute. Eh bien, figurez-vous que les Etats sont au bord de la banqueroute depuis des décennies, sans que personne ne s’attaque sérieusement à ce moyen de faire payer par les classes moyennes et les classes populaires une partie des profits des plus riches. Le moment pour s’y attaquer est idéal : nul paradis fiscal ne pourrait survivre dans le contexte actuel si même un seul pays comme la France partait en guerre contre eux. Les autres gouvernements, poussés par leurs opinions publiques, s’aligneraient. Au lieu de cela, nous assistons à des déclarations d’intention qui nous rappellent les billevesées sarkoziennes sur la recherche des coupables de la crise…
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Rétablissement de barrières douanières à l’entrée soit de l’Europe, soit de la France.Les 27 pays européens se sont toujours entendus pour baisser les barrières entre eux… même si, réalisé aussi brutalement qu’avec l’arrivée des pays d’europe de l’est, les conséquences sur le tissu industriel occidental a été terrible. Mais comme les retraités pèsent plus que les ouvriers, cela passe. Là où la construction européenne s’est révélée un guet apens, ou pour revenir au français, une entourloupe majeure, c’est que l’Europe en interdisant à ses pays les outils de souveraineté, s’est aussi interdite d’en disposer. Hormis les législations anti-concurrentielles qui ont une certaine force, l’Europe a le marché le plus ouvert du monde, sans politique économique, ni politique monétaire. On aurait voulu construire l’europe revée des américains, on l’aurait construite ainsi.
On pourra dire que la France n’est pas seule en Europe. Il y a belle lurette qu’elle s’en est aperçu. En revanche, que la France accepte de continuer dans un tel jeu de dupe est inacceptable. L’Europe doit avoir une politique douanière qui protège les emplois européens, a minima, et rapidement une politique monétaire et budgétaire non purement germanique. Si ces conditions ne sont pas rapidement réunies, la France a plus intérêt à en sortir qu’à y rester. Nul doute que la seule menace d’une telle sortie conduirait soit à revoir le projet européen dans un sens enfin démocratique, soit de créer une nouvelle europe, plus restreinte mais réaliste.
Ceux qui ont bien retenu les enseignements de la pensée unique citeront Ricardo pour dire que l’Europe (et la France) a plus intérêt à ouvrir ses marchés qu’à les fermer. Une telle vision, appliquée par le FMI à de nombreux pays en voie de développement, les a conduit à la banqueroute. Dans l’histoire du monde, et je pèse mes mots dans l’espoir que ceux qui croient aux vertus du libéralisme fassent l’effort de se renseigner, tous les pays se sont développés par un mélange d’ouverture maîtrisée et d’intervention massive de l’Etat. Rétablir des barrières douanières n’implique pas de mettre fin au commerce mondial, c’est le premier pas pour que nos démocraties puissent y survivre.
Europe puissance, lutte contre les oligopoles, défense du consommateur, taxation des plus hauts revenus, renouvellement des équipes bancaires : le lecteur peut maintenant mesurer que cette voix de sortir de crise est le chemin inverse des mesures gouvernementales depuis bientôt 2 ans.Et ce n’est pas le soupir de vierge effarouchée de Monsieur Méhaignerie, indiquant qu’une majorité de députés UMP seraient prêts à augmenter la taxation sur les riches… si les autres pays le faisaient, qui nous convaincra que les choses vont changer.
En espérant que ces quelques lignes vous auront montré qu’il y a une voie entre le libéralisme bécassine et la dictature (du prolétariat ou du bon français, d’extrême gauche ou d’extrême droite).
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