En Marche … vers quoi ?

avril 10th, 2016

Emmanuel Macron a officiellement lancé son « mouvement politique, ni à droite, ni à gauche ». Avec un site presque malin, qui propose à chaque fois deux options : « se mettre en marche » (sous entendu, avec Manu), ou « rester sur le bord du chemin ». Avec au passage un argument sensé nous convaincre (comme le poids de la discrimination à l’embauche).648x415_emmanuel-macron-paris-1er-mars-2016

Or, le site ne présente absolument aucun élément programmatique. Aucune conviction, aucune proposition, encore moins un projet pour la France. Seulement un clip sur l’importance de « croire à la France », et de sortir de ses blocages.

On peut reconnaître à Emmanuel Macron une volonté de « faire bouger les choses ». Une capacité à secouer les discours convenus de la gauche de gouvernement – et pour cause. Et même saluer la façon dont il a défendu sa loi au Parlement, en dialoguant, en s’impliquant, en argumentant.

Cependant, qu’il soit permis, dans cette fièvre médiatique qui l’encense, de poser quelques questions auxquelles son projet politique, s’il existe, sera bien inspiré de répondre :

  • Certes, les français « veulent que ça bouge ». Le blocage de notre société s’ancre dans un fonctionnement devenu oligarchique : mêmes têtes sans cesse reproposées par les partis,  dirigeants économiques et d’administration tous issus des mêmes mondes, journalistes adeptes des mêmes discours, etc. Le renouvellement de ces élites est devenu d’autant plus impératif qu’il s’est tari, les grandes écoles se fermant progressivement aux enfants d’ouvriers et d’employés. Alors une question à EM : lui ancien banquier d’affaire chez Rotschild, diplômé de l’ENA, conseiller économique de François Hollande, est-il prêt à secouer cet ordre établi qui l’a porté jusqu’ici ? Ou se contenterait-il de rajeunir l’élite sans infléchir son entresoi délétère ?
  • « En Marche », c’est super, mais en marche vers quoi ? Y a-t-il, comme le site le suggère sans subtilité, une seule façon de marcher ? Ceux qui n’adhèrent pas à son orientation (laquelle d’ailleurs, puisqu’il n’y a pas de programme ?) sont-ils donc considérés comme immobiles, donc ringards, voire inutiles ? Emmanuel Macron est-il de ces « experts » français, plus ou moins touche à tout, plus ou moins inspirés des « idées en coure », tels Alain Minc ou Jacques Attali, qui se promènent dans les salons et sur les plateaux, répétant qu’il n’y a qu’une façon de sortir la France de la crise, en la libérant de ses « blocages » ? Si la réglementation de certaines professions, les rigidités administratives qui s’imposent aux PME, la complexité ubuesque du système institutionnel français sont des sources de blocages évidentes, … est-ce que la construction européenne technocratique qui a été la nôtre, le primat absolu du libre échange, le monopole octroyé aux banques de profiter de la création monétaire, ne sont pas eux-mêmes des blocages ? Est-ce que les grands corps, le non renouvellement des experts, l’incapacité de certains à vraiment débattre sur le fond, ne sont pas des sources de blocages ? Est-ce que la surrémunération du capital, alors même qu’il est devenu surabondant, l’incapacité des gouvernements à réduire l’évasion fiscale, les paradis fiscaux, et le poids de la finance dans nos économies ne sont pas aussi des sources de blocages ? Est-ce que les blocages ne naissent pas aussi du mépris dans lesquels les dirigeants administratifs, politiques, économiques, tiennent les idées qu’ils n’ont pas eu ni apprise à l’école ? Bref, si marcher, c’est aller vers l’horizon indépassable du libéralisme débridé, je ne marche pas. C’est ici que cette question rejoint la première : s’agit-il de « débloquer la France » au service de tous ses citoyens, ou avant tout pour complaire à cette élite mondialisée, méprisante du coeur du pays, et qui ne voit pas qu’elle secrète chaque jour les facteurs du déclin ?
  • Enfin, qu’il soit permis de se souvenir qu’Emmanuel Macron fut le principal conseiller économique de François Hollande, avant d’en devenir le ministre de l’économie. Qu’a-t-il inspiré dans ce gouvernement qui ait réussi ? En quoi son esprit brillant a-t-il contribué au superbe résultat économique de ce gouvernement… ? Le Pacte de Responsabilité ? La non réforme des taxi ? L’échec de la tentative de réforme du droit social ? Ah oui, le développement des lignes de bus. Mais est-ce suffisant ? Il y a un moment où le style et la jeunesse ne suffisent pas : il faut aussi voir les résultats. Quels sont ceux obtenus par Emmanuel Macron ?

Bref, je crains de ne pas marcher avec Emmanuel Macron… et je n’exclus pas qu’il nous fasse marcher en nous faisant croire – et en croyant lui-même – qu’il veut vraiment « débloquer les initiatives » en France.

 

 

 

 

Pacte de responsabilité – les promesses sans sens du Président

février 18th, 2014

Voici  plus d’un mois maintenant que François Hollande a lancé son « pacte de responsabilité », au moment même où devenait patent son échec à ne serait-ce qu’inverser la courbe du chômage (sans même parler de faire redescendre celui-ci significativement).

En d’autres circonstances, nous aurions pu applaudir à cette initiative : après tout, dans un pays aussi marqué par les conflits idéologiques, où les tenants du capitalisme sans freins renvoient la balle aux crypto-communistes considérant toute entreprise privée comme porteuse du mal, il peut paraître positif que les acteurs s’entendent sur quelque chose.

Pourtant, une analyse un tant soit peu attentive de cette proposition nous amène vite à déchanter. D’abord, ce pacte (ou plutôt ce projet de pacte) n’est pas né chez les partenaires sociaux, mais au niveau de l’Etat. Qui plus est pour les pires raisons (faire oublier un échec majeur). Ensuite, il ne s’agit pas d’un pacte, puisqu’il n’est pas signé ; il n’en prend pas le chemin et ce qui sera signé risque fort de ne ressembler à rien. Par ailleurs, pour rester au niveau sémantique, la responsabilité est une notion morale, qui n’a pas grand chose à voir avec la sphère économique et sociale dont il est question… sinon pour appeler les uns et les autres à la responsabilité – pourrait-on dire pour en dédouaner le gouvernement.

Sur le fond, le président propose une baisse de charges sociales rapide pour toutes les entreprises françaises. C’est une mesure qui peut avoir du sens à court terme : le taux de marge moyen des entreprises françaises a chuté ces dernières années. Les succès de l’allemagne ces dernières années (signés par un excédent commercial record de 200 milliards d’euros pour un déficit de 61 milliards pour la France en 2013) sont attribués souvent à une modération plus forte de leur coût horaire de travail… même si dans les industries exportatrices, le coût horaire allemand reste supérieur au coût français. Les entreprises françaises, et tout particulièrement les PME, ont besoin de restaurer leurs marges.

Cependant, à y regarder de plus près, c’est une mesure aveugle, sans avenir et contre-productive.

Aveugle car elle touche indistinctement les grandes, les moyennes et les petites entreprises. Or, les premières n’ont pas vu leurs marges se réduire ces dernières années, malgré la crise. Un article de Michel Ternisien dans les Echos le souligne.

Sans avenir car les contreparties n’auront à coup sûr aucun contenu solide : aucune entreprise, et donc a fortiori aucune fédération patronale ne peut s’engager sur l’embauche, tant celle-ci dépend, plus que du coût du travail, de leur activité économique. Toutes les expériences de promesses passées (1 millions d’embauche en cas de suppression de l’autorisation administrative de licenciement, par le père du président du Medef actuel, 500 000 embauche contre la baisse de la TVA dans la restauration) ont conduit à des désillusions pitoyables. Or, c’est bien sur l’emploi que François Hollande a prévu de demander des contreparties. Il y a donc fort à parier qu’il troquera quelques dizaines de milliers de contrats précaires subventionnés, en échange de ses 15 milliards de réduction de cotisations sociales.

Enfin, c’est une mesure contre-productive : elle détourne le débat et des sommes colossales, qui seraient bien utiles en ces temps de disette, des priorités réelles qui devraient être les nôtres en ces temps de crise : accélérer le développement « de nouveaux champions », c’est-à-dire d’entreprises adaptées aux révolutions industrielles que nous rencontrons (internet, l’impression 3D, les énergies renouvelables, etc.). La France est dans une crise terrible d’abord et avant tout parce qu’elle a toujours fait le choix de protéger ses grandes entreprises prédatrices, installées sur des oligopoles, au détriment des PME innovantes. Tout l’appareil d’Etat est à l’écoute des anciens hauts fonctionnaires qui pilotent ces grands groupes, dont beaucoup sont en déclin. L’innovation, les entreprises qui inventent de nouvelles solutions et devraient logiquement supplanter, ou au moins menacer les anciens oligopoles, sont inconnues et souvent méprisées des pouvoirs publics. Combien de temps a-t-il fallu pour que Free obtienne une licence mobile ? Pourquoi a-t-on confié à des consortiums de l’ancien monde le développement du Cloud ? Qui sait qu’en France existent des solutions de développement logiciel révolutionnaires que les américains aimeraient racheter ? Qui se soucie des entreprises françaises pionnières sur le champ des imprimantes 3D ?  Qui se préoccupe de faire grandir des alternatives à Dassault, EDF, Véolia, à Carrefour, … ? Qui s’intéresse à conforter non la « presse française », presse papier mourante et discréditée par son actionnariat et ses pratiques de connivence, mais le développement d’une presse internet de qualité ?

Par ailleurs, pousser la logique de la mesure à son terme, et vous en arrivez à l’idée que pour retrouver de la compétitivité, l’économie française doit réduire drastiquement les charges sur les entreprises. Peu importe dans ce raisonnement que les autres pays européens, et mondiaux, ne manqueront pas de s’aligner. Peu importe que les pays les plus riches ne sont pas ceux dont le coût du travail est le plus bas… au contraire. Ce sont les pays qui ont su développer une image de qualité, d’excellence, d’innovation pour leurs productions qui leur permet de vendre plus cher ce qu’ils vendent. C’est la voie que devrait emprunter la France si elle veut s’inspirer de ces pays plutôt que de pays à bas coûts. Mais ce n’est pas la voie qu’a choisi le gouvernement.

Pour finir, François Hollande mise gros sur son pacte de responsabilité. Il n’y aura pas de pacte, et il n’y a déjà guère d’esprit de responsabilité.

19 mois de trahison

janvier 7th, 2014

Voici 19 mois que François Hollande a été élu. Son échec saute aux yeux.

La relance européenne promise n’a pas eu lieu. Le chômage est à son plus haut depuis des années, et son « inflexion » n’arrive pas. Des millions de vie sont bouleversées, l’avenir de ces familles mises en danger, leurs finances ébranlées, par ce fléau des 30 dernières années. Les impôts ont bondi de 30 milliards supplémentaires, qui se sont ajoutés aux 30 milliards d’euros déjà mis en place par son prédécesseur. Malgré cela, la dette a continué d’augmenter. Elle frôle les 94% du PIB. Le déficit de la balance extérieure française reste catastrophique. La France continue de chuter dans tous les classements internationaux… anglosaxons.

Certes, on reconnaîtra quelques efforts, et même une « honnêteté limitée » du Président, comme il existe une rationalité limitée : la hausse d’impôts vise à réduire l’ampleur du déficit annuel, et même si cette réduction est inférieure aux attentes et aux promesses, elle est préférable à l’absence du moindre « effort ». Des mesures favorables à la compétitivité des entreprises ont été prises, et le Président à proposé d’aller plus loin. Jusqu’à un certain point, ces mesures relevaient d’une nécessité, compte-tenu des marges dégradées de nombreuses entreprises française. On peinerait à trouver d’autres politiques claires et déterminées.

Mais ces quelques mesures brouillonnes ne font pas de François Hollande le réformiste qu’il aimerait poser, et qu’il aurait pu être.

Car comme les autres présidents avant lui depuis 30 ans, François Hollande n’a eu de cesse que de trahir l’essentiel de ses engagements. La lutte contre la finance dérégulée, marquée par la séparation des banques de dépôts des activités spéculatives dites « banques d’investissement » ? Oubliée. La réforme fiscale en profondeur ? Abandonnée. La mise à contribution des grands groupes par l’impôt (ceux-ci paient aujourd’hui 8% d’impôt sur les sociétés contre… 30% pour les PME) ? Mise en place timidement pour être aussitôt compensée par un cadeau à 20 milliards d’euros. Le plan de relance européen en échange de la mise sous contrôle budgétaire de la France à Bruxelles ? Inexistant. La lutte contre le chômage ? Réduite au retour des emplois aidés, et aux radiations renouvelées de chômeurs.

Une trahison plus lourde encore se dessine en ce moment sous nos yeux. En tendant la main au Medef pour alléger encore les charges en échange d’embauches, Hollande s’enfonce encore dans l’engrenage néo-libéral que tant de commentateurs appellent de leurs voeux. Le néo-libéralisme a généré la crise mondiale, entraîné le chômage de masse, fait plongé la croissance de l’Europe depuis 10 ans. Mais c’est la voie que François Hollande veut suivre. Comme si la France pouvait mieux concourir contre des pays au coût du travail 10 ou 100 fois moindre en baissant son coût du travail de quelques points. Comme si les grands groupes, aux profits mirobolant, et soutenus par tout un ensemble de commandes d’Etat et de régulations protectrices, de deficit de contrôles organisés, avaient besoin de cette baisse de charge. Comme si ce marché de dupe allait encourager les entreprises françaises à investir (elles n’investissent plus depuis des années), à miser sur la qualité (beaucoup d’entre elles sont en concurrence frontale avec des produits moins chers, faute d’image qualitative), l’innovation et le développement international (les français font trop souvent du commerce international comme au début du XXème siècle, passant pour arrogants). Oui les PME ont besoin de simplification. Désespérement. Mais qui peut croire après le « choc de simplification » que le gouvernement sera capable de la moindre réforme substantielle en la matière ? Le nouveau « deal » du Président se bornera donc probablement à de nouvelles baisses de charge, sans plus d’effet que les précédantes, sinon qu’il faudra les compenser par des hausses d’impôts sur … les ménages. Non seulement Hollande trahit une fois de plus son électorat, mais il s’engouffre dans une direction tragique accélératrice du déclin.

Trahison. Il faut bien employer ce mot lorsque tout ce sur quoi a été élu un candidat n’est pas seulement oublié, mais contredit volontairement par ce candidat une fois élu.

Alors comment expliquer toutes ces trahisons ? Les dirigeants bancaires français n’ont eu aucun mal à convaincre le Président et ses équipes que la séparation des activités de banque d’investissement, pourtant recommandée par les meilleurs experts, serait préjudiciable. Les dirigeants de grands groupes français n’ont guère dû faire d’efforts pour convaincre, les premières hausses d’impôt passées, de compenser par 20 milliards d’aide leur « infortune ». Les « pigeons » eux-mêmes n’ont eu aucune difficulté à faire valoir leur thèse, alors qu’il s’agissait pour la plupart de fonds d’investissements plutôt que de patrons d’entreprises innovantes. Certes, François Hollande cède régulièrement aux groupes de pression les plus bruyant. Certes, il a une sensibilité à la défense des entreprises qui doit être louée. Mais une telle orientation, si défavorable aux citoyens, au profit de quelques acteurs économiques déjà les plus puissants en France (car rien dans les mesures prises jusqu’ici n’a véritablement servi les PME), ne peut s’expliquer que par l’extrême proximité du pouvoir politique aux dirigeants économiques concernés. Il faut dire que depuis des années, grandes entreprises, banques, cabinets d’avocats recrutent allègrement les membres des cabinets ministériels. Qui dans un cabinet français oserait mordre la main qui le nourrira et, plus sûrement que son passage au ministère, fera sa fortune ? Nous en revenons au problème de l’oligarchie française. Rarement il n’a été aussi criant qu’elle joue sa propre partition, contre le vote des citoyens. Et en l’occurence, c’est ce qui précipite la crise, car la France a besoin de renouveler ses acteurs économiques, d’encadrer ses banques, de reprendre la main sur les règles imposées par l’Europe, de favoriser à la fois les entreprises moyennes et les classes moyennes, pour retrouver le chemin du progrès.

Ce n’est pas en votant pour l’UMP aux prochaines élections que ce problème sera réglé. Ce n’est pas non plus en votant pour la dangereuse Marine Le Pen et son parti d’héritiers du poujadisme, que la moindre solution valable sortira.

C’est pourquoi pour 2014, nous pouvons juste souhaiter que le peuple français rompe avec ses habitudes, et commence à renouveler drastiquement le personnel politique.

Nicolas Sarkozy veut changer l’Europe… mais pas trop

mars 12th, 2012

La double proposition de Nicolas Sarkozy de renégocier les accords de Schengen et les accords de libre échange a de quoi laisser sceptique.

Pour une fois, les candidats des deux plus grosses formations politiques françaises (pour l’instant) s’avisent qu’ils peuvent chercher à faire évoluer l’Europe sur ses bases. Nicolas Sarkozy va plus loin que François Hollande dans les signes de détermination, en posant un ultimatum assorti d’un délai. Si dans quelques mois les évolutions qu’il souhaite ne sont pas intervenues, il appliquera unilatéralement ce que bon lui semble. A cet égard d’ailleurs, la renégociation de Schengen aurait beaucoup moins d’impact que l’application d’un buy European Act. Le premier est une mesure technique, qui ne réduira qu’à la marge l’immigration illégale, et a fortiori l’immigration légale. Le second ferait enfin sortir l’Europe de son ultralibéralisme naîf, qui en fait un marché ouvert à toutes les rapacités quand tous les autres pays ont des politiques protectionnistes très avancées. Les USA, la Chine, le Japon pour ne citer qu’eux, privilégient leurs entreprises pour les marchés publics, et seule l’U.E. s’en abstient et impose à ses membres de s’en  abstenir. Plus largement, Américains comme Chinois maintiennent leur monnaie sous évaluée, bloquent régulièrement des importations sous des prétextes falacieux. La Chine oblige les entreprises qui veulent s’implanter chez elle à conclure des joint venture avec des entreprises chinoises, avec tous les risques de copie qu’on a pu constater. Quant au Brésil, il élève des droits d’importations si élevés que pour pénétrer son marché, les entreprises internationales installent des usines de productions sur place. On aurait envie de dire à Nicolas Sarkozy : votre proposition est un bon début, mais allez plus loin. Demandez une véritable politique monétaire, et une politique européenne de défense des intérêts européens dans les échanges commerciaux.

On aurait envie d’encourager ce genre de proposition, mais on se souvient soudain, passée la ferveur du meeting, que Nicolas Sarkozy a eu l’occasion de mener ces évolutions : il y a un an, Schengen a montré ses limites lorsque des milliers de tunisiens ont débarqués à Lampedusa et que les forces de l’ordre italiennes n’ont pas été capables de gérer la situation. Nicolas Sarkozy a même réclamé, martial, une évolution de Schengen qui n’a pas eu la moindre suite. Il y a 3 mois, lorsqu’il négociait à la demande d’Angela Merkel le traité de rigueur budgétaire extrême, il pouvait refuser d’accéder aux demandes de l’Allemagne faute d’avancées significatives sur des sujets qui intéressent la France. Il en fut incapable, sauf à considérer que le prêt par la BCE de 1000 milliards d’euros à taux préférentiel aux banques commerciales européennes ait été la contrepartie négociée (c’est déjà un tel scandale en soi, de prêter au banques commerciales pour qu’elles prêtent aux Etats, parce qu’on se refuse dans l’orthodoxie teutonne de le faire directement ! Je m’abstiendrais d’en accuser le président-candidat). Il s’aligna sur les demandes et les intérêts de l’Allemagne. Et voilà qu’aujourd’hui il prétend poser un ultimatum ! Qui peut croire que cet homme de gesticulation, qui a reculé sur tant de réformes, pourra aller au bout de son action ?

Mais plus fondamentalement, c’est la suite de son discours qui achève de le discréditer. Car que réclame Nicolas Sarkozy : un pilotage de ces politiques par le conseil européen, qui réunit les dirigeants élus des pays européens, au détriment de la Commission. Or, le conseil européen a aujourd’hui, dans les institutions européennes en place, pratiquement tous les pouvoirs. La Commission ne peut rien décider sans son aval. Aucune des directives qu’on nous dit imposées par l’Europe ne sort sans qu’elle ait été dûement votée par les chefs d’Etat et de Gouvernement de l’UE. Le Parlement Européen fait lui pâle figure, n’ayant pas même de droit de véto. Cet organe que Sarkozy souhaite renforcer est celui qui a voté toutes les règles de libéralisation, validé toutes les évolutions libérales de l’Europe, en se cachant derrière une commission aux ordres (du moins depuis le départ de Delors). C’est l’organe qui a été le creuset de la trahison des élites européennes au plus haut niveau, puisqu’il s’agissait des dirigeants élus, pour imposer aux citoyens européens des normes ultralibérales qu’aucun de ces dirigeants n’aurait pu imposer directement à ses électeurs. Restant dans l’opacité sur leur rôle réel dans ce conclave fermé, les chefs d’Etats et de gouvernement européens, et singulièrement le président français, peuvent s’entendre dans ce cénacle loin de tout contrôle démocratique.

Au contraire, Nicolas Sarkozy, s’il avait été un vrai européen, aurait dû réclamer la chose suivante : Election au suffrage universel d’un gouvernement européen (via le parlement ou en direct) doté d’un premier ministre, en lieu et place de la commission, pour gouverner les affaires européennes et en répondre devant le peuple. Modification des statuts de la banque centrale européenne pour intégrer un droit de regard démocratique à son action. Transformation du conseil européen des chefs d’Etats et de gouvernement en Sénat de l’Europe, avec un pouvoir réel, mais des votes à la majorité non qualifiée sur la plupart des sujets. Sortie de l’Europe si d’ici 5 ans l’UE ne s’est pas doté ainsi d’institutions réellement démocratiques.

Bref, Nicolas Sarkozy hier à Villepinte a proposé ce qu’il n’a pas fait, ne fera sans doute jamais, et qui n’est que la surface d’un problème bien réel dans notre vie démocratique, économique et sociale : l’Europe. 

l’humiliation allemande de Nicolas Sarkozy

février 9th, 2012

Nicolas Sarkozy aura donc cité 16 fois l’Allemagne en exemple lors de son allocution télévisée d’il y a 10 jours. Et invité Angela Merkel à Paris pour s’autocongratuler mutuellement, au milieu des ruines d’un projet européen mourant de leur gestion de gribouille.

Ce président qui prétend incarner un Etat fort – face aux Roms et aux racailles -, un nationalisme assumé face à l’internationalisme sournois des gauchistes, a déserté par deux fois les intérêts de la France et de ses concitoyens : en décembre, il a abdiqué sa vision, nos intérêts économiques, sans parler du bon sens économique le plus élémentaire, dans la négociation du dernier traité européen. Tout pour l’austérité demandée par les allemands, rien en terme de réorientation de la BCE ni de relance. Même Standard & Poors, qui n’a rien à faire des pauvres, s’en est ému. Aujourd’hui il entend nous inciter à copier le « modèle allemand » en terme de flexibilité du marché du travail ou de TVA « sociale », et convie même Angela Merkel à assister au triomphe du modèle allemand sur le sol français… alors même que la partie tronquée du modèle allemand qu’il cite est celle de la baisse des salaires, la paupérisation, le développement des « working poor ».

On peut comprendre que notre président fait cela pour remonter dans les sondages et sauver les apparences du personnage qu’il essaie d’incarner sans y parvenir depuis 3 ans : au sommet européen, il lui fallait un accord, quel qu’il soit, pour paraître comme le sauveur de l’Europe, et de la France… cela seul explique qu’il se soit assis sur tous les objectifs que la diplomatie française s’était fixés, inscrivant dans le dur les seules préoccupations des allemands. Et pour ses derniers 100 jours de président, il lui faut des idées nouvelles, radicales, qui paraissent légitimes, alors comme il n’en a pas, autant copier bêtement le grand pays européen qui semble réussir dans la tourmente. Encore une fois avec Nicolas Sarkozy, pour faire un coup de com, on peut sacrifier le fond le plus vital.

Malheureusement le roi est nu depuis longtemps et cette stratégie se retourne contre lui : il n’a pas réussi à convaincre que le traité européen signé en décembre était un bon traité, et son abandon en rase campagne des enjeux français apparaît clairement. Le soutien d’Angela Merkel paraît alors comme le soutien du seigneur à son vassal : Nicolas Sarkozy lui convient très bien comme président français, car il est prêt à inscrire son pays dans la soumission à l’Allemagne. Elle est prête pour qu’il reste à risquer la relation franco allemande en cas d’élection du candidat socialiste. Et le modèle allemand tant donné en exemple fait l’objet d’analyses qui montrent ses faiblesses, mais aussi les dimensions occultées par le président. La réussite allemande à l’exportation paraît ressortir de sa spécialisation haut de gamme, de la qualité allemande, et du tissu de solidarité entre grandes entreprises et PME allemandes. Autant d’éléments plus difficiles à copier qu’une hausse de TVA (car pour ce qui est de la baisse des charges patronales, il faut rappeler que l’Allemagne n’en a pas fait l’objectif premier de la hausse de TVA, affectée surtout au remboursement de la dette).

D’ailleurs, quelle erreur Kolosale, au moment où le peuple français doit élire son président, dans un exercice rituel et quasi sacré de souveraineté, de donner en modèle un pays avec lequel l’histoire fut si mouvementée et la compétition si âpre ! Comment mieux accuser son propre bilan qu’en montrant qu’ailleurs, ils ont su mieux faire face à la crise qu’ici ?

Plus encore, cette image de la récente passion allemande de Nicolas Sarkozy, se superpose à celle du candidat et président atlantiste, admirateur des USA de Georges Bush, en début de mandat. Au nom de cette admiration béate, il n’a pas hésité à engager la France plus sûrement dans la guerre d’Afghanistan, réintégrer le commandement stratégique de l’OTAN sans un regard pour notre indépendance nationale, et si la crise des subprimes lui en avaient laissé le temps, il n’aurait pas hésité à développer le prêt immbilier hypotécaire. La France peut toujours profiter d’inspirations extérieures, mais pourquoi choisir chaque fois l’allégeance à un modèle unique ?

Au terme de cette analyse, il faut bien se poser quelques questions graves sur Nicolas Sarkozy, dusse son honneur en souffrir, et au risque de paraître chauvin : Aime-t-il si peu son pays qu’il ait toujours besoin d’en copier un autre, en l’affichant aux yeux de tous ? Le connaît il si peu qu’il croit pouvoir y transposer en bloc un système étranger ? Le comprend-t-il si peu qu’il soit incapable d’élaborer des solutions propres ? Ou bien est-il juste soumis au discours dominant des élites anglosaxonnes, qui après avoir ensencé l’ultralibéralisme américain, redécouvrent les vertus du capitalisme rhénan ? 

l’accord européen : une impasse en or

décembre 12th, 2011

Un nouveau sommet Européen de la « dernière chance » a accouché d’une nouveau traité, qui devrait toucher 26 pays sur les 27 (le premier ministre britannique ayant déjà annoncé son refus de le signer).

On peut lui trouver quelques vertus : justement en refusant les exemptions demandées par le Royaume Uni vis à vis des réglementations des marchés financiers, l’Europe a pris quasiment pour la première fois taxer ses distances avec le capitalisme anglo-saxon, et créé un précédant qui pourrait à terme, amener à se libérer du véto anglais si fréquent pour avancer plus vite sur bien des sujets.

Certains diront aussi qu’il rassure les marchés financiers, en posant des règles de bonne gestion des budgets des Etats. Et qu’il permet aussi de rassurer l’Allemagne, pour obtenir à terme plus de solidarité budgétaire entre Etats, et une action plus ferme de la BCE pour racheter les titres de dette européenne.

Pourtant, ce traité est dans l’ensemble une catastrophe : un nouveau traité n’est pas un exercice qu’on peut faire tous les mois, ni tous les ans, ne serait-ce parce qu’il faut un an pour le ratifier et le voir entrer en vigueur. Dès lors, y trouver essentiellement un renforcement des sanctions en cas de dérapage budgétaire n’est suffisant ni pour les citoyens, ni même pour les marchés qui semblent aujourd’hui peser plus que le peuple.

La construction européenne a été d’inspiration ultralibérale depuis des années. Le seul fait de mettre en place une monnaie unique sans aucune coordination des politiques économiques, en refusant tout fédéralisme, et en donnant à la Banque Centrale Européenne le seul objectif d’empécher l’inflation, est suffisant à le démontrer. La constitution européenne, assortie de ces principes, a été dûment refusée par plusieurs pays consultés. Et les erreurs passées ont montré aujourd’hui leurs limites : l’euro est surévalué par rapport au dollar comme au franc, et la croissance européenne est faible depuis sa mise en place. 

Les citoyens étaient donc en droit d’attendre que le traité, si traité il fallait, établisse un mandat élargi à la BCE de veiller à la croissance et de contribuer à la compétitivité de l’Europe, mette en place une politique de relance au niveau européen voire (on peut toujours se prendre à rêver) établisse des barrières à l’entrée pour certaines importations qui n’ont pas de réciproque dans les pays exportateurs. Au lieu de cela, c’est la seule vision allemande qui a prévalu : rigueur budgétaire pour tous, avec sanction quasi automatique des contrevenants ! Passons sur le fait que l’Allemagne n’a pas encore de règle d’or effective elle-même (l’application est prévue en …. 2016) , et a souvent dérogé aux critères de Maastricht qui lui tiennent à coeur. Mais soulignons que si même cette règle était votée par les 26 pays, elle conduirait à une politique d’austérité à l’échelle européen qui nous plongeraient tous, Allemands compris, dans la pire récession depuis 1930. Bien gérer les budgets c’est une chose, et sans doute ne pourra-t-on pas échapper à des efforts dans ce domaine, le faire de façon abrupte, généralisée, indiscriminée, et sans politique de relance concommitante est un crime économique, et social dont la bêtise ne se sonde plus.

Si les citoyens ne risquent pas de sortir gagnant de ce nouveau traité européen, construit d’abord pour les marchés et pour l’opinion publique allemande obnubilée par l’inflation, elle ne risque pas non plus de suffire aux marchés; Certes, des garanties ont été données aux banques, qui semblaient nécessaires : la garantie de ne plus les mettre automatiquement à contribution pour régler les crises de dette souveraine en Europe. Les marchés ont effet été traumatisés par la perte de 50% des créances sur les titres grecs, ce qui ne nous émeut guère, mais cela les conduisait à demander des taux toujours plus élevés. 

Mais l’accord ne suffira pas à les rassurer. Les marchés vont justement se préoccuper de plus en plus à la fois de la capacité de chaque pays à mettre en oeuvre ces traités, ensuite de l’impact de 26 gouvernements établissant comme un seul homme des politiques drastiques d’austérité. Certaines voix s’élèvent déjà, car les financiers ont parfois fait des études en économie, pour s’inquiéter de l’absence de plan de relance européen. Nul doute que les chiffres globaux de l’économie seront mauvais, du fait de la crise de la dette souveraine, et que cela ne fera qu’accroître les spéculations. Et pendant ce temps, la BCE, condamnée à l’orthodoxie, continuera de jouer trop tard, trop peu sur les marchés pour nous protéger des spéculateurs. Trop tard, comme le duo Sarkozy Merkel depuis le début de cette crise. Trop peu, comme l’ensemble de ce traité.

En voulant à tout prix arracher un accord, sans doute dépassé par l’ampleur des enjeux, Nicolas Sarkozy n’aura pas su se hisser au niveau historique qu’appelait ce moment : refonder l’Europe, ou au moins, mettre les allemands devant leurs responsabilités.

La fin d’un système

septembre 6th, 2011

Le crach boursier auquel nous assistons souligne avec acuité la fin d’un système mis en place il y a 30 ans.

Les valeurs bancaires s’effondrent, parce que les banques ont trop prêté aux Etats mais aussi parce que les acteurs du marché soupçonnent qu’elles gardent de nombreux actifs pourris. 

La persistance des doutes sur les banques vient de ce qu’au moment de la crise de 2008, l’immense majorité des Etats a préféré abreuver les banques de liquidité sans remettre en cause les activités spéculatives (pas de séparation des banques de détail et d’investissement, peu de nationalisation qui aurait pu conduire à recapitaliser les banques).

Les Etats sont surendettés parce qu’ils ont voulu sauver le système financier en 2008, soutenir l’économie par des déficits collossaux. Mais plus profondément, parce que les Etats ont accumulé les déficits sans jamais rembourser le principal de leur dette (qu’on se souvienne des cessions des autoroutes en France, quasi exclusivement affectées au fonctionnement courant).

Voilà pour la surface des choses. Au final, dans cette lecture, il suffirait de réformer l’Etat pour que tout reparte comme en 40 (enfin, comme en 50). Mais plus profondément, les actifs pourris des banques viennent en grande partie de la titrisation des prêts immobiliers américains à des ménages insolvables. Et l’endettement des Etats vient en grande partie de leur volonté de préserver par la redistribution et le soutien à l’activité un niveau de vie laminé par la mondialisation et le libéralisme.

Il y a 30 ans, l’idéologie ultra libérale de Milton Friedman s’est imposé, à travers Ronald Reagan et Margaret Tatcher. Il s’agissait de relancer l’initiative individuelle et l’investissement en assurant aux investisseurs des rentabilités d’abord positives (l’inflation de l’époque ne permettait pas toujours jusqu’ici de retrouver sa mise initiale) puis de plus en plus importante. L’ouverture des frontières des pays développés comme des pays en voie de développement ( souvent à marche forcée sous l’égide de la banque mondiale ou du FMI) devait permettre aux capitaux de s’allouer au mieux sur la planète. Ce système, qui favorise les actionnaires, les créateurs d’entreprise, les préteurs, devait ensuite par « ruissellement » permettre l’enrichissement de toute la société.

Il a permis un développement accéléré de certains pays pauvres à main d’oeuvre suffisamment qualifiée, et dont les pouvoirs étaient suffisamment puissant pour résister à une ouverture brutale dictée par les institutions internationales. Donc à la Corée, Taiwan, la Thailande, puis la Chine avec le succès que l’on sait. Mais il a laminé les emplois et le pouvoir d’achat des habitants des pays développés : délocalisation, chômage de masse, pression sur les salaires d’un côté. Hausse régulière des prix sous l’effet des oligopoles constitués à coups de fusion acquisitions (que ce soit dans l’électricité, l’automobile, l’alimentation, la distribution, etc). Face à ces défis, la théorie ultralibérale prône une spécialisation accrue des pays. Les dirigeants européens et américains ont voulu y croire, en laissant partir leurs usines à l’étranger et misant tout sur « l’économie de la connaissance ». Malheureusement, celle-ci ne nécessite pas toujours de gros effectifs en occident, et peut de plus en plus recourir aux bataillons d’indiens ou de chinois bien formés et moins chers.

Cette crise économique latente qui dure depuis 30 ans s’est accompagné de problèmes croissants d’intégration dans les pays occidentaux. Plaidant l’ouverture des frontières aux travailleurs étrangers, la doxa libérale, secondée par l’angélisme sans frontériste des gauchistes, va permettre un afflux massifs de travailleurs issus des pays pauvres au moment même où les économies qui les accueillent plongent dans la crise. Les immigrés pourront prendre des postes peu qualifiés dont les occidentaux, abreuvés du discours sur l’économie de la connaissance, « ne veulent plus ». Mais il reste un taux de chômage massif dans la population d’immigration récente qui casse toute vélléité d’intégration. D’où le développement des traffics, de la violence, et du repli sur des identités phantasmées chez nombre d’habitants des banlieues. L’occident apprend au prix fort que pour intégrer une population, il faut pouvoir lui offrir un avenir.

Dans cette logique de primat donné aux actionnaires, les salariés et les consommateurs deviennent des pions. Les salariés sont priés de se serrer la ceinture, même cassant toujours un peu plus le compromis fordiste qui permettait aux salariés de consommer les productions des usines. On demande aux cadres de « maximiser la valeur pour l’actionnaire », même si cela suppose de détruire des emplois et de pressurer le client. Les clients eux-mêmes voient se développer une politique de hausse des prix aggressive. Le marketing ne sert plus qu’à estimer à quel point les prix peuvent être augmentées sans perdre de clients. La qualité des prestations est revu  à la baisse, d’autant qu’on supprime au maximum les équipes en contact avec le client. Dans les banques, dans la distribution, on demande de plus en plus au client de faire lui-même ce qui était fait par des salariés, pour maximiser la valeur pour l’actionnaire. On renvoit les mécontents les plus audacieux vers des services clients automatisés, délocalisés, qui prétendent apprendre au consommateur comment se passer de qualité.

Aujourd’hui ce système craque de tous côtés : les américains ne peuvent plus faire semblant d’avoir les moyens d’entraîner l’économie par leur consommation. Les salariés et singulièrement les cadres ont de plus en plus de mal à faire semblant d’être motivés par le service d’actionnaires gloutons, aveugles et déjà gras. Les consommateurs se tournent quand ils le peuvent vers des solutions alternatives où la marge prélevée paraît plus raisonnable. Les consommateurs occidentaux n’ont plus les moyens d’entretenir la croissance mondiale. Les banlieues craquent de toutes parts. La nature se rebellent contre une utilisation inconsidérée de ses ressources et une pollution débordante.

Il est temps de changer de système. 

Certains veulent poursuivre dans la voie actuelle. Rebondissant sur les difficultés financières des Etats, ils préconisent d’aller plus loin dans la libéralisation. Mais transférer au secteur privé des missions de service public ne créera pas de ménages solvables, mais contribuera à enrichir un peu plus quelques uns. Réduire drastiquement toutes les dépenses, au delà des économies qui sont raisonnablement possibles, ne fera qu’amplifier une récession qui s’annonce, et réduire encore les rentrées de l’Etat. 

L’Etat a certes des économies à faire, mais pour rembourser sa dette, il devra rétablir une fiscalité la plus confiscatoire possible sur les plus riches. Abreuver de liquidité des marchés financiers déjà en surcapacité ne fait qu’accroître leur dangerosité, il faut maintenant les réguler, si besoin par la manière forte (interdiction de certains marchés, chasse réelle aux paradis fiscaux, séparation des banques de détail et d’investissement, arrestation des spéculateurs coupables de délits, etc). Il devient impératif de reconstituer l’emploi en France et dans le reste des pays de l’OCDE : en soutenant les entreprises qui produisent vraiment en France plutôt que les « champions nationaux » qui délocalisent à tour de bras. En protégeant nos frontières contre certaines importations. En rerégulant les marchés financiers pour assurer qu’in fine ils cessent de pouvoir dicter leur loi. Mais cela implique un pouvoir politique fort à l’échelle où se situe l’économie, et nous avons abdiqué à une Europe sans démocratie et ultra libérale dans ses dogmes, ses leviers essentiels. En choisissant comme consommateurs de nouveaux acteurs, plus respectueux de leurs clients, de leurs salariés, de leur environnement. En élisant des acteurs politiques nouveaux, qui aient des vraies propositions pour l’avenir du pays.

Si nous ne parvenons pas collectivement à faire émerger cette offre politique et économique nouvelle (comme acteur, consommateur ou comme électeur), viendra un jour, pas si lointain peut-être, où la démocratie se sabordera. Un leader extrémiste montrant du doigt les étrangers et promettant de renouer avec un passé idéalisé obtiendra le pouvoir, et au nom du rejet de l’ordre ancien, s’assurera une dictature longue et douloureuse. Est-ce ce que nous voulons ?   

  

Les à côtés du débat politique

juin 8th, 2011

Il semblerait que depuis quelques mois, le débat politique en France marche sur la tête.

Tout est bon pour ne pas aborder les vrais sujets. Pour éviter les enjeux économiques colossaux qui se pressent devant nous et bifurquer sur des questions sociétales. Pour ne pas aborder les questions sociétales de front et se contenter de mouvements de mentons et bouc émissaires. Pour ne plus parler politique, et se concentrer sur les personnalités politiques.

Ah l’affaire Strauss Kahn ! Quel choc ! Quelle bénédiction pour les médias qui mobilisent des envoyés spéciaux afin de commenter en direct (le différé nous eût privé d’informations cruciales), la montée et la descente des marches du tribunal par DSK et sa femme ! Quel régal pour les commentateurs. Au passage, on aborde quelques sujets de fond, comme les relations hommes-femmes en France, le fonctionnement de la justice, ou la place de la vie privée dans le journalisme politique. Mais surtout, c’est l’occasion de se repasser sans cesse le drame qui fait chuter un homme sur le point d’être candidat favori à l’élection présidentielle dans une posture de prévenu risquant des décennies de prison.

Il semble que derrière l’affaire Strauss Kahn, il n’y ait plus de parti socialiste, sinon des ambitions individuelles. Est-ce parce que les médias ne s’intéresse à rien d’autre ? Ou parce que le PS n’a pas de discours construit sur les grands sujets qui affleurent malgré tout ? Est-ce que François Hollande a bien fait de se présenter comme un « homme normal », puisque son scooter a 3 roues ? On lui souhaite d’avoir d’autres propositions qu’un slogan, mais on ne les entend guère.

L’amendement pour soumettre à l’ISF la détention d’oeuvre d’art a été sèchement retoqué, sur ordre du gouvernement. A-t-on entendu le PS sur le sujet ? La France accorde pour 50 à 73 milliards d’éxonération fiscale, alors qu’elle présente un déficit de plus de 6% en 2010. Mais ça n’est pas l’important. L’important pour l’UMP c’est de consacrer sa « convention sociale » à lutter contre la fraude aux aides sociales. 540 à 808 millions d’euros tout de même. Un sujet sensible pour beaucoup de ceux qui « se lèvent tôt », nous dit-on. Certes, cela permet de focaliser les citoyens sur la surveillance de son voisin immédiat. Mais quand la fraude fiscale est estimée à 35 à 50 milliards d’euros, quand les plus riches des français payent moins d’impôt que les classes moyennes en proportion, est-ce l’urgence ? Certainement pour un président qui n’a eu de cesse comme ministre de l’économie puis premier des français, de désarmer l’arsenal judiciaire et de contrôle vis à vis des plus aisés. 

Au-delà de la question du RSA, que fait-on pour réduire le nombre de chômeurs ? Comment permettre aux PME de vraiment se développer ? Comment les appuyer pour qu’elles retrouvent le chemin des exportations ? Comment redynamiser notre économie ? Ces questions sont importantes, mais parlons plutôt de l’insécurité, et surtout des communautés qu’on veut accuser de la développer. Les Roms, la place de l’islam dans la république sont des sujets tellement plus importants que la façon dont on permet à chacun de trouver un travail… car elle détourne l’attention des électeurs sur des bouc émissaires. Et une société en crise en a bien besoin pour préserver ses positions acquises.

La crise financière mondiale n’est pas terminée. Elle a connu un sursit avec l’injection massive de liquidité par les banques centrales et les Etats. Mais ce sursit n’a pas été mis à profit pour régler les problèmes de fond, qui ont été nommés : la spéculation outrancière continue, et s’acharne désormais sur les matières premières. Les banques peuvent continuer à jouer les dépôts des citoyens sur divers marchés sans aucun contrôle. Les paradis fiscaux continuent à prospérer, derrière un voile de mesures hypocrites d’information… des autres paradis fiscaux. Les rémunérations des acteurs les plus au coeur de ce système fou continuent à progresser, récompense ultime du vice avant le prochain crash. Qui s’annonce catastrophique : les Etats n’ont plus les moyens de renflouer les banques si celles-ci sont noyées par les actifs toxiques. L’Euro est attaqué, mais le dollar est plus proche de la banqueroute. Et la bulle spéculative de l’économie chinoise peut-elle durer encore longtemps ? Peu importe, braves gens, du moment qu’on vous trouve des boucs émissaires proches de chez vous : les immigrés, les fraudeurs des allocations sociales, les musulmans, les Roms.

Oui, il y a des choses à faire sur ces sujets aussi. Mais le coeur d’une société repose sur le dynamisme de son économie et sa capacité à faire une place juste à chacun. Et entre un PS pris dans sa primaire, des verts et un centre en recherche de leur candidat, et un UMP pris dans sa chasse aux boucs émissaires, entre des politiciens discrédités et habitués à parler social et des citoyens qui ont pour principal moteur de se comparer aux autres, on risque d’attendre longtemps les vrais sujets. Il y a les extrêmes, justement. C’est bien ça qui m’inquiète.

Sarkozy : l’échec d’une certaine communication politique

février 21st, 2011

Ces dernières semaines resteront comme une période noire pour le Président et la majorité. Chaque tentative d’occuper le devant de la scène semble se solder par un discrédit. Comme si les effets d’annonce dont Nicolas Sarkozy a fait l’un de ses leviers majeurs dans la prise de pouvoir avaient perdu de leur magie. Plus grave peut-être : comme si ces effets d’annonce finissaient par souligner l’échec des actions de fond et l’impuissance voire l’incompétence du pouvoir en place.

– Le meutre de Laeticia est l’occasion pour Nicolas Sarkozy de redorer son image de premier flic de France. Il annonce que des fautes ont été commises et qu’il y aura des sanctions. Résultat : les rapports sont vides, la principale faute est de n’avoir pas mis en oeuvre les lois déjà votées, pour autant qu’on puisse jamais empêcher un malfaiteur de devenir un criminel (contrairement à ce qui est prétendu par le Président, le Tony Meilhon n’avait pas d’antécédant de crime sexuel, sinon une sordide affaire en prison sur un co-détenu, dans un contexte bien différent). Les effectifs prévus pour le contrôle des personnes sorties de prison n’ont jamais été alloués. En attendant, les propos du président génèrent une fronde sans précédant dans la magistrature, la suspension des audiences, le désaveu public par de nombreux magistrats parmi les plus hauts placés de cette position. En voulant surfer sur l’émotion générée par un fait divers macabre, Nicolas Sarkozy est démenti par sa propre inaction sur le fond des dossiers. Cruel mais mérité. 

– Le pourvoi en cassation de Florence Cassez au Mexique est rejeté. C’est l’occasion rêvée pour Michèle Alliot Marie de faire oublier le scandale à répétition de son voyage en Tunisie, et peut-être aussi d’inscrire ses pas dans la nouvelle tactique de communication du Président : puisque nous avons échoué à répondre collectivement aux attentes des français (chomage, pouvoir d’achat, etc), feignons de nous préoccuper de leur sort individuel. Déni de politique pourriez-vous dire… Malheureusement ici encore la politique se venge. MAM déclare donc que ce pourvoi est innacceptable. Sarkozy embraye en s’engageantà obtenir le transfèrement de Florence Cassez en France. Superbe, vibrant. Cependant, en retour, le Mexique proteste, se raidit, et les médias méxicains, pourtant critiques vis-à-vis de leur gouvernement, défendent la fermeté face aux rodomontades françaises. Chaque déclaration française a fait un peu plus de Florence Cassez un enjeu pour le Mexique, éloignant d’autant plus l’espoir de son transfert en France. En prenant une posture ferme qui les valorise, Nicolas Sarkozy et Michèle Alliot Marie non seulement sacrifient les relations diplomatiques franco-mexicaines (l’année du Mexique en France paraît compromise), mais sacrifient aussi la solution éventuelle du cas de Mme Cassez. Malheureusement, beaucoup d’observateurs l’ont remarqué… Résultat : un président qui se grille aux yeux d’un grand pays étranger, qui aux yeux de ses concitoyens apparaît comme un matamaure impuissant, et une situation bien pire qu’il y a quelques jours.

Ces deux exemples constituent les deux grandes déclarations de Nicolas Sarkozy ces dernières semaines. Chacun remarquera qu’elles ne portent pas sur la première préoccupation des français : le chômage. Pas non plus sur le pouvoir d’achat. A chaque fois, un cas inviduel est exploité pour valoriser une posture. Malheureusement, le manque de mise en oeuvre dans la durée de grandes déclarations précédantes, ou la réalité des relations diplomatiques font éclater au grand jour la manipulation. Je ne résiste pas au  parallèle avec les premiers jours de Boris Boillon en Tunisie. Ancien conseiller de Sarkozy bombardé ambassadeur et présenté comme le clone de Sarkozy au Quai d’Orsay, il trouve le moyen lors de sa première interview avec la presse tunisienne de s’offusquer des questions sur la position française de ces dernières semaines « est-ce que vous croyez que j’ai ce niveau là ? » « c’est ridicule, je ne répond pas à votre question », etc. Mis en face des résultats désastreux de l’action de notre gouvernement et de notre président dans le contexte de la révolution tunisienne, il perd ses moyens et entre dans un rapport de force, tout en prétextant vouloir exposer sa « philosophie ». Une arrogance sans borne pour faire oublier l’arrogance française de ces dernières semaines ? Des centaines de tunisiens manifestent alors devant l’ambassade de France en Tunisie pour réclamer son départ. Il doit présenter ses excuses. Encore une réaction sur un registre émotionnel qui détruit les leviers de l’action moyen terme.

l’oligarchie, ça fait mal ?

janvier 27th, 2011

L’oligarchie, encore dissimulée derrière les mécanismes fatigués et souvent dévoyés de notre démocratie, fait déja sentir massivement ses effets.

D’abord dans les orientations économiques des partis politiques. Ceux-ci vont se battre pour savoir jusqu’à quel point les 35 heures doivent être revues, et si l’ISF doit être transformé ou maintenu. Mais sur les choix fondamentaux d’une france au marché ouvert, dans une Europe sans défense contre l’invasion des produits étrangers à bas coûts, d’une compétition fiscale intra-européenne qui favorise l’évasion fiscale, d’une activité qui tend à installer des marchés dans tous les secteurs même les plus douteux (par exemple pour l’électricité), le PS, et l’UMP se retrouvent. Non qu’en leur sein il n’y ait débat même sur ces points. Mais in fine, c’est cette logique, largement dictée par l’idéologie dominante en Europe, qui prévaut. Il est vrai que l’effondrement du communisme en 1989, a semblé marquer le triomphe du libéralisme. Il est vrai aussi qu’un gouvernant français qui voudrait vraiment mettre en place une autre politique se heurterait à de fortes réticences en Europe. Sortir de l’Europe n’a rien d’un choix anodin. Mais force est de constater que nos gouvernants se sont laisser fléchir, semblent avoir peu lutté, et ont, de droite comme de gauche, contribué à mettre en place le système actuel.

Nous retrouvons son effet dans le pilotage des grandes entreprises. Aux conseils d’administration des grands groupes et grandes banques françaises sièges les PDG d’autres grands groupes. Peu d’administrateurs indépendant. Beaucoup de cumul de postes d’administrateurs. Tous s’entendent, sans forcément qu’il soit besoin d’en parler longtemps, pour s’accorder mutuellement des rémunérations parmi les plus élevées en Europe, des stock options par millions, des parachutes dorés voire des golden hello (une prime d’arrivée qui peut représenter un an de salaire).

Les liens entre le pouvoir politique et les dirigeants d’entreprise sont plus étroits que jamais. La politique se décide en grande partie dans ces relations incestueuses qui court-circuitent la démocratie. On a vu comme la suppression de la publicité sur le service public visait d’abord à apporter des recettes publicitaires supplémentaires aux groupes privés amis du Président, comme la libéralisation des jeux en ligne a fait les affaires de proches de Nicolas Sarkozy. Les subventions et niches fiscales accordées aux grandes entreprises représentent 75 milliards d’euros. Des rapports réguliers de la Coure des Comptes mettent en cause leur utilité, alors qu’ils représentent plus que le déficit annuel du budget français. Mais elles n’ont jamais été remises en cause. Les 35 heures sont vidées de leur sens, mais les subventions allouées à ce titre (25 milliards par an) ne sont pas remises en cause. Quand François Baroin ou Christine Lagarde annoncent leur volonté de réduire les niches fiscales, celles des entreprises sont préservées. Et l’on s’étonne que le taux d’imposition des grands groupes tourne autour de 8% quand celui d’une PME est d’environ 30%. De la même façon personne n’est près à remettre en cause le fait que la fiscalité offre une multitude de niches fiscales aux plus fortunés, à ceux qui peuvent s’entourer d’avocats fiscalistes, alors que les classes moyennes paient leurs impôt plein pot.

Cette bienveillance outrancière à l’égard des « hommes d’affaire » s’étend au domaine judiciaire. Une affaire délicate pour un dirigeant, ou un milliardaire peut se régler par l’intervention du ministère de la justice (on se rappelera les rendez-vous réguliers entre Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, et Patrick Ouart, le puissant conseiller aux affaires judiciaires du Président). Les pouvoirs de la DGCCRF pour lutter contre les ententes entre entreprises ont été récemment réduit. La chambre d’instruction des affaires économiques a été quasi démantelée. Les règles ont été assouplies pour le conflit d’intérêt, conformément aux promesses de Nicolas Sarkozy. Dure avec les « voyous », plus largement avec tout citoyen des classes populaires, la justice redevient douce pour les puissants. La suppression du juge d’instruction promise par le Président est un autre moyen de rendre la justice inégalitaire : face à une instruction menée par un parquet aux ordres du ministre de la justice, les avocats seront les seuls remparts. Les puissants pourront ainsi éviter l’action dérangeante d’un juge d’instruction indépendant, et s’appuyer sur la mansuétude du parquet et la qualité de leurs avocats. Les moins fortunés s’en remettront à la lotterie d’un avocat commis d’office.

Ces connivences entre puissants ne se limitent pas aux chefs d’entreprises et aux politiques. Les juges et procureurs, dont la carrière dépend du politique, sont de plus en plus proches de tel ou tel homme politique. Les journalistes ont pour premier réflexe de comprendre les décisions des politiques comme allant de soi. Il faut souvent la réaction outragée des commentaires sur internet pour que les journaux changent de ligne (on se rappèlera ainsi que le projet de nomination de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD n’avait guère soulevé de protestation dans les journaux avant qu’internet ne se saississe du sujet). Les médias sont d’autant plus soumis que leurs actionnaires principaux sont des groupes dont les commandes dépendent de l’Etat : Bouygues, Dassault, Bolloré ont ainsi acquis des journaux ou des télévisions, pour pouvoir peser. Ce lien, interdit dans d’autres pays, ne semble plus choquer en France. En tout cas, on ne trouvera pas de politicien du PS ou de l’UMP pour le condamner.

Toutes ces ententes permettent de placer ses enfants, ses relations, ses amis dans des postes en vue. Des hommes de cabinets ministériels trouvent très souvent une place bien au chaud dans un grand groupe. Et inversement. Pas toujours pour y faire autre chose qu’étaller leur incompétence ou leur goût de l’intrigue. Les places au plus haut niveau se partagent donc entre gens du même monde, coupant toute possibilité d’évolution au-delà d’un certain niveau aux français les plus compétents. Ils n’avaient qu’à faire l’ENA, ou l’X puis HEC.

Cette réservation des places de pouvoir à tous niveaux s’amplifie encore en politique du fait du cumul de mandats. Jean-François Copé n’est pas gêné d’être à la fois député, maire de Meaux, président de l’UMP et … avocat. Héritiers de Napoléon, les dirigeants français continuent à croire qu’ils sont des sur-hommes capâbles d’embrasser plusieurs postes à la fois. Pour le plus grand profit de leur compte en banque. Et tant pis si l’assemblée nationale est vide la plupart du temps, si les députés n’y travaillent que très peu, si les collectivités locales sont gérées à coup de communication et d’endettement, si les hommes politiques monnaient leur carnet d’adresse comme avocat ou lobbyists. Ce mélange des genres ne choque que les français. Leurs élites ont dépuis longtemps des discours près pour expliquer ce scandale. Le PS a voté récemment le rejet du cumul des mandats. Mais il nous a habitué autant que Sarkozy à de belles paroles adressées au peuple (ou aux militants) qui se perdent dans des logiques prétenduement réalistes une fois au pouvoir.

De fait, les élites politiques sont aujourd’hui très massivement coupées du peuple. Si l’UMP essaie de conserver un électorat malgré sa politique entièrement tournée vers l’oligarchie, c’est en jouant sur l’insécurité et l’immigration. Pas en s’occupant du chomage. Le PS lui-même ne sait plus parler au peuple. Mais ce sont toujours les partis pour lesquels les gens votent. Même si les extrêmes sont à un étiage élevé, si Europe Ecologie a fait un bon score lors des élections européennes, les citoyens français tout en marquant régulièrement leur méfiance, continuent de voter pour les candidats de ces partis.

C’est que le discours politique prend toujours des grands accents républicains et sociaux dès qu’il en a l’occasion. Qu’importe que Nicolas Sarkozy soit conseillé par Pebereau, le patron de la BNP, qu’il n’ait rien fait pour encadrer l’activité bancaire, qu’il ait fait inscrire sur la liste des paradis fiscaux les seuls états qui avaient peu de liens avec la France, du moment qu’il annonce régulièrement vouloir « moraliser le capitalisme »; Qu’importe que le PS ait privatisé à outrance, signé les directives européennes prévoyant la libéralisation de l’éléctricité, du moment qu’il affirme défendre les services publics. D’ailleurs, ces gens sont probablement persuadés d’agir pour le bien de tous. Ils ne voient pas que c’est en renonçant à gêner l’oligarchie qu’ils se retrouvent avec une seule politique possible : aller plus loin dans la libéralisation qui profite toujours aux mêmes. Parce qu’ils n’envisagent pas de taxer vraiment les plus riches, d’exiger une harmonisation fiscale européenne, d’exiger des barrières protectrices pour certains marchés, de réguler l’activité des banques, de limiter les rémunérations, de supprimer la plupart des subventions aux grands groupes, ils croient qu’il n’y a plus d’espace politique. C’est que leur espace, c’est l’oligarchie qui le définit.